09 décembre 2007
Yves la gaffe
Il y a beaucoup de choses à dire sur la manière dont certains confrères de la télévision publique (RTBF) traitent la crise politique depuis que la recherche d'audience - naturelle, légitime et nécessaire en soi - a amené le Boulevard Reyers à appliquer le précepte selon lequel "la fin justifie les moyens" dans sa quête éperdue de combler son déficit d'audimat face à RTL-TVI. Cette critique, que nous ne nous permettrions pas à l'égard de collègues concurrents, est justifiée dans la mesure où la RTBF est une chaîne publique, en grande partie financée par les contributions de la collectivité et qu'elle a donc aux yeux de cette dernière tant un devoir de résultats qu'un devoir de moyens.
Dans une note précédente, nous disions donc notre… perplexité à propos du dernier "Questions à la Une" consacré aux six mois de crise. Il nous semblait, entre autres choses, que certains collègues du Boulevard Reyers témoignaient d'un certain acharnement à l'égard de l'ancien formateur. On n'y pas forcément vu un complot contre l'homme ou contre son parti, mais plutôt le résultat d'un positionnement anti-flamand sensé plaire à un public francophone.
Emettre de telles réflexions risque aujourd'hui de nous valoir en procès en complicité avec l'homme aux 800.000 voix, qui a encore raté ce week-end une bonne occasion de se taire. En comparant la RTBF à cette ignominieuse radio rwandaise (ou en évoquant une telle comparaison sans la reprendre à son compte, comme il en défend la thèse), Leterme offre à la radio-télévision publique le meilleur bouclier qui soit pour repousser toutes les critiques - même légitimes - et pour enfoncer davantage, si besoin en est, sa tête de turc flamande.
Quel beau travail ! L'ancien président du gouvernement flamand est-il si maladroit, et si ignorant des effets médiatiques, pour tomber si facilement dans le panneau? Personne n'a-t-il pu lui faire comprendre que, dans son objectif primo-ministériel fédéral, il ne pouvait pas se permettre de se mettre à dos l'intelligentsia francophone, celle qui "fait" largement l'opinion publique? En dehors de toutes autres condidérations politiques et éthiques, un tel manque de discernement le disqualifie déjà pour le poste qu'il convoîte, sauf à penser qu'il suffit d'être populaire en Flandre pour s'imposer au 16. Ce qui serait déjà révélateur de lacunes intellectuelles, celles-là mêmes qu'il avait cru drôle d'évoquer à propos des francophones dans une célèbre interview à Libération.
Les précédents locataires flamands du 16 - presqu'un pléonasme, en tout cas un lieu commun - ne brillaient pas tous, à leurs débuts en tout cas, en matière de psyschologie collective, mais le plus plouc d'entre eux n'aurait jamais commis une erreur aussi affligeante.
Cela dit, ce n'est pas parce que Leterme s'est pris les pieds dans le tapis et a afait tomber le lustre en essayant de s'y raccrocher, que ceux tous les croche-pieds qu'on lui a faits deviennent des gestes héroïques de résistance face à l'ennemi.
14:12 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Leterme, politique, médias, RTBF



Commentaires
Je pense qu'il est plus que temps que nos responsables politiques ne se sentent plus investis d'une mission suite à des élections qui ne font que représenter un avis de la population à un moment donné et sur un ensemble de sujets repris sans nuances dans un programme de parti.
Rendre une voix aux citoyens, voici mon idée avec la pétition suivante:
http://www.lapetition.be/petition.php?petid=1254
Si vous y adhérez ou pouvez m'aider à la traduire en néerlandais, n'hésitez pas...
Ecrit par : Warmont Régis | 10 décembre 2007
L'émission "Questions à la Une" ne me semble pas tendancieuse. Elle a d'ailleurs donné la parole essentiellement aux politiques et à leurs collaborateurs. La grande présence de Joëlle Milquet était simplement le résultat d'une plus grande collaboration (justifiée ou non) du CDH. En aucun cas, l'on peut accuser les journalistes de désinformation (bien au contraire). Et les réactions d'un certain homme politique flamand sont dès lors simplement de la calomnie. Cet homme n'est pas digne d'être le premier du pays.
Ecrit par : P. Soenen | 10 décembre 2007
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